Immigration : les députés LREM expriment des sensibilités différentes (La Croix)

Mikael Corre , le 20/12/2017 à 17h51

Le projet de loi « Asile et immigration » du ministère de l’Intérieur n’intégrera pas la notion de « pays tiers sûr ».

Un signe de détente, alors que les inquiétudes gagnent les rangs des députés LREM.

Le projet de loi « Asile et immigration » du ministère de l’Intérieur n’intégrera pas la notion de « pays tiers sûr », qui aurait permis de renvoyer, selon certaines conditions, un candidat à l’asile vers un pays par lequel il a transité. Un signe de détente, après des semaines de relations difficiles entre État et associations et dont les répercussions ont atteint les rangs de la majorité à l’Assemblée nationale.

« Tous les étrangers de France ne sont pas des terroristes… » C’est par ce vif rappel que la députée LREM Sonia Krimi a commencé mardi 19 décembre sa question au ministre de l’intérieur. La députée de la Manche demandait à Gérard Collomb de détailler « l’équilibre politique » de son projet de loi, s’indignant des conditions « difficiles » d’accueil des demandeurs d’asile, de « l’abandon » des mineurs isolés ou encore du fait que les « centres de rétention deviennent des centres de détention ».

Le projet du gouvernement pourrait allonger à 90 jours la durée maximale de la rétention administrative des étrangers faisant l’objet d’une mesure d’éloignement. Elle est aujourd’hui de 45 jours.

Première ligne de fracture ?

« Cela me semble intéressant de réévaluer ce délai en fonction des besoins de l’État », juge la députée LREM Marie Guenevoux, qui rappelle que cette mesure n’est « qu’une hypothèse ». « Nous avons le délai le plus court d’Europe », insiste la députée LREM Aurore Bergé, « choquée » de la manière dont la question a été posée à Gérard Collomb. « Nous sommes dans la recherche d’équilibre, estime la députée des Yvelines. Nous devons mieux accueillir les réfugiés, non plus dans des conditions indignes comme c’est aujourd’hui le cas. Pour cela, nous devons être fermes en ce qui concerne les réfugiés économiques. »

« C’est cruel de laisser espérer des milliers de migrants économiques que nous sommes en mesure de les accueillir et les intégrer alors que ce n’est pas le cas », détaille la député LREM Laetitia Saint-Paul, élue dans le Maine-et-Loire, qui rappelle que « le droit d’asile est un devoir pour les pays d’accueil et qu’il est indispensable de distinguer ces deux formes d’immigration. »

Pour elle, le projet du gouvernement est « réaliste et conforme tant à l’intérêt des Français que des migrants ». « De manière générale, ajoute Laetitia Saint-Paul, j’ai toujours eu peur des gens qui sont convaincus d’être toujours du côté du bien, les idéologues, les donneurs de leçons rarement confrontés à l’épreuve du réel. »

Eviter les drames

Ce n’est pas tout à fait ce qu’exprime son collègue Joël Giraud  : « Le retour vers les ’’pays sûrs’’ n’est pas une solution, estime le député des Hautes-Alpes. Chaque jour, même par des froids polaires, des enfants, des femmes et des hommes franchissent des cols au péril de leur vie ». La semaine dernière, 5 personnes ont été retrouvées gelées, alors qu’elles tentaient de rejoindre la vallée de la Clarée, dans son département, puis renvoyées à Turin, relève ce membre du Parti radical de gauche (élu également avec l’investiture LREM).

« Je crois indispensable que le dialogue reprenne entre l’État (préfectures), la justice (procureurs) et les associations pour éviter des drames » ajoute Joël Giraud.

La question de l’immigration est-elle en train de dessiner une première ligne de fracture au sein de la majorité ? « Cela me parait être un commentaire prématuré, juge le député LREM du Finistère Jean-Charles Larsonneur. Le texte de loi sur l’immigration et l’asile ne sera pas débattu à l’Assemblée nationale avant mars.» Mais déjà, des positions différentes s’expriment, notamment entre députés LREM venant de la droite et de gauche, mais également entre ceux qui, dans leur circonscription, font face à des situations différentes.

Mikael Corre

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